Que pensent les Français du Référendum sur l’environnement ?

Alors que le Conseil des ministres du 20 janvier doit adopter l’avant-projet de loi visant à inclure dans la Constitution « la préservation de la biodiversité et de l'environnement », Depanneo.com fait appel à l’Ifop afin de sonder les Français sur leur perception de l’initiative constitutionnelle, qui, si elle aboutissait, les amèneraient à participer au premier référendum organisé en France depuis une quinzaine d’années. Toutefois les critiques qu’elle a essuyé dès son annonce à la mi-décembre nous pousse à identifier les risques d’opinion encourus par l’exécutif à soutenir une telle initiative.

Si elle a été très vite présentée par l’opposition de gauche comme une « manœuvre politicienne » purement « cynique » visant avant tout à « cacher la forêt des renoncements… », cette enquête permet de mesurer l’adhésion des Français à ce projet et plus largement, aux autres mesures issues de la Convention citoyenne (écolabel, aides à la rénovation, taxe sur les produits transformés…).

Une initiative encore largement méconnue des Français, malgré l’annonce historique

Malgré sa singularité dans l’histoire des institutions de la Ve République, de par son processus de lancement - l’impulsion venant de la Convention citoyenne pour le climat et non par le président directement - ce référendum pour l’environnement passe majoritairement inaperçu pour beaucoup de Français qui ont du mal à en délimiter précisément le contenu.

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Ainsi, seuls six Français sur 10 (60%) déclarent en avoir entendu parler, dont seuls un quart (25%) savent précisément sur quoi ils seront consultés.Même si l’initiative du président de la République peut sembler encore assez éloignée, puisque la tenue du référendum dépend avant tout du bon vouloir du Sénat, on constate tout de même que la notoriété du scrutin est plus importante parmi les catégories de la population habituellement mieux informées sur la vie politique en général, telles que les seniors (73%), les plus diplômés (67%), les cadres (65%) mais également les personnes sensibles aux questions environnementales comme celles se déclarant “très écologistes” (74%).

Une faible mobilisation qui pourrait se solder par un rendez-vous manqué avec l’écologie

Sans surprise, compte tenue de la faible notoriété du projet de référendum, seuls 36% des électeurs inscrits déclarent vouloir participer à ce référendum. Si ce faible taux de participation est avéré, ce référendum sur l’environnement se placerait parmi les référendums ayant le moins mobilisé de la Ve République. À titre d’exemple, d’autres référendum avait déjà fait parler par leur faible mobilisation tel que celui sur le statut de la Nouvelle-Calédonie en 1988 (36,9% de participation) ou celui sur le quinquennat de 2000 (30,2%). Ce dernier s’explique notamment par une campagne inefficace et un large consensus sur le passage au quinquennat, voyant ainsi sa participation passer de 42% en juin 2000, à 36% début septembre, pour finir à peine à 30% le jour du scrutin.

De ce fait, si les estimations de ce sondage sont avérées, ce référendum sur l’environnement pourrait être à l’origine d’un des plus gros “fiasco” de la Ve République en termes de mobilisation électorale.

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De même, si l’on compare ce référendum initié par la Convention citoyenne avec les projets de référendum d’initiative partagée lancés ces dernières années, ce dernier souffre également d’un faible intérêt de l’électorat : si 35% seulement des électeurs se disaient prêts à participer lors d’un référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris, ils étaient près d’un sur deux (49%) à vouloir se mobiliser sur l’initiative en cours du “Référendum pour les Animaux”, alors que la thématique se rapproche pourtant de celle de l’environnement.

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On remarque toutefois que la participation déclarée à ce stade évolue selon le niveau de connaissance des sondés sur le référendum en question. On passe ainsi de 27% de participants parmi ceux qui n’en ont pas entendu parler, à près de 47% parmi ceux voyant précisément de quoi il s’agit. Un chiffre qui laisse penser qu’une amélioration de la notoriété pourrait entraîner une augmentation de la participation, bien que celle-ci demeurerait toutefois sous la barre des 50%, notamment en l’inscrivant dans l’urgence écologique et l’explosion de l’écologie parmi les principales préoccupations des Français. En août 2020, 59% des Français estimaient que la protection de l’environnement était un sujet “tout à fait prioritaire”, soit 19 points de plus qu’en 2017.

Depanneo Ifop 4 Une initiative du gouvernement perçue comme un coup politique

L’initiative par le président de la république de ce scrutin, et le fait qu’elle soit focalisée plus sur sa personne que sur le sujet du vote, semble passer bien devant la mobilisation de la Convention citoyenne de Français tirés au sort afin de légitimer ses propositions. Ainsi, près de deux tiers des Français (64%) jugent que le référendum sur l’environnement est avant tout une manœuvre politique ne cherchant pas vraiment à faire avancer la question de l’environnement, marqueur de la défiance politique des Français vis-à-vis du président de la République.

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Même au sein de catégories favorables, que ce soit au référendum en lui-même comme les écologistes ou au président de la République comme ses sympathisants, le doute sur les intentions véritables du scrutin sont perceptibles, respectivement 58 % et 36 % y voyant une tentative de manipulation politique. En dehors de ces deux catégories, les Français reconnaissent largement la manœuvre du président en particulier à droite, moins sensible à la question écologique (75 % des sympathisants Les Républicains et 73 % des sympathisants « frontistes), mais aussi à gauche (69 % des sympathisants « insoumis »).

Une réforme qui bénéficierait toutefois d’une approbation massive de l’électorat

Malgré les différents handicaps que connait le référendum sur l’environnement, près de huit Français sur dix (79 %) voteraient en faveur de la modification constitutionnelle, soit l’un des taux d’approbation les plus larges sous la Ve République.

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Ce soutien massif s’exprime particulièrement – et sans surprise – parmi les catégories de la population les plus attachées à l’écologie, comme les sympathisants d’Europe Écologie Les Verts (96 %). Parmi les indicateurs permettant une lecture claire de l’intention de vote en faveur de la réforme, c’est d’ailleurs le rapport à l’écologie qui détermine le plus clairement cette tendance. Ainsi, 91 % des personnes s’identifiant comme « très écologistes » déclarent vouloir voter Oui contre 51 % parmi ceux rejetant tout sentiment écologiste.

D’autres lignes de lecture se dessinent, notamment le facteur générationnel, sur laquelle les catégories d’âge les plus conscientes des enjeux écologiques se montrent particulièrement favorables à la réforme (95 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans déclarent vouloir voter pour la réforme, contre 76 % des personnes âgées de 65 ans et plus.).

Enfin également, on notera la tendance féminine du vote « Pour la réforme » - 90 % d’entre elles, contre 71 % des hommes – marqueur de l’assignation sociale à ce qu’on appelle le « care » qui renvoie à une éducation genrée tournée vers l’attention aux autres et qui se traduit politiquement par une plus grande sensibilité écologiste, personnifiée par l’image de la « Dame Nature ».

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Un soutien massif qui tient au sentiment que la réforme aurait un réel impact sur l’environnement

Le « Oui » massif qui se dégagerait en cas de référendum – en tout cas à ce stade d’une campagne à peine amorcée – s’explique, nous l’avons vu, par l’importance accordée à l’écologie par les Français. Face à cet enjeu considéré comme prioritaire, le référendum se révèle être une bonne occasion de s’y investir. C’est en tout cas l’opinion partagée par 61 % des personnes interrogées estimant que ce référendum serait un symbole important pour montrer l’engagement de la France en faveur de l’environnement.

La réforme constitutionnelle a également l’image d’une réforme largement bénéfique, à tout le moins par l’idée qu’elle n’entrainera pas d’effets négatifs perceptibles sur l’économie. Interrogés sur l’impact qu’elle aurait dans différents domaines, 54 % anticipent un impact positif dans la lutte contre le réchauffement climatique et 52 % dans l’agriculture. Même vis-à-vis de l’industrie – pourtant considéré comme l’un des secteurs les plus polluants et donc les plus susceptibles de « subir » les effets d’une norme constitutionnelle plus contraignante – près de quatre Français sur dix (40 %) anticipent des effets négatifs, contre seulement 22 % des effets négatifs.

Loin de n’être qu’une manœuvre, le référendum sur l’environnement est aussi considéré positivement par les Français, qui ne séparent pas l’intention politique derrière un projet qu’ils estiment nécessaire pour lutter contre le dérèglement climatique.

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Les Français favorables à la lutte contre le dérèglement climatique mais réticents à l’augmentation de la fiscalité en ce sens

Parmi les autres propositions de la Convention citoyenne, les mesures les plus incitatives recueillent le soutien d’une large majorité de Français, que ce soit la création d’un « écolabel » informatif (88%), la création d’aides à la rénovation en direction des plus démunis (86%) ou encore l’obligation de remplacer les chaudières à fioul et à charbon d’ici à 2030 dans les bâtiments neufs et rénovés (73%).

Toutefois, lorsqu’il s’agit d’impacter directement le porte-monnaie des propriétaires en particulier, des réticences s’expriment. Un peu moins de six Français sur dix (58 %) déclarent être favorables à l’obligation pour les propriétaires de rénover leur logement principal d’ici 2040 et moins d’un sur deux (47%) soutiennent l’augmentation des taxes sur les produits transformés, marqueur d’une crainte et d’un rejet de l’écologie classiquement marquée dans l’opinion comme « punitive ».

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Le point de vue de Paul Cébille, chargé d’études Senior au Pôle Politique & Actualités de l’Ifop

Au regard de ces résultats, la perspective d’une abstention massive à ce référendum nous semble un bon indicateur du risque politique que ce scrutin pourrait constituer pour un exécutif qui illustrerait son incapacité à mobiliser l’opinion sur des sujets - l'environnement, le climat et l'avenir de la planète - pourtant en tête des priorités des Français mais aussi à recourir à des outils d’expression directe auxquels les citoyens appellent clairement de leurs vœux. L’annonce du référendum ne s’étant pas accompagnée d’un soutien de communication suffisante pour porter dans l’opinion le sujet, le risque est donc d’en faire plus un handicap qu’un atout pour la majorité.

Ces deux impératifs de l’opinion publique se retrouvent donc aujourd’hui grandement déçus par l’initiative du président de la République, elle-même issue d’une initiative qui se voulait ambitieuse : la Convention citoyenne pour le climat. L’annonce se voit touchée à la fois par le faible engouement pour le référendum - qui n’a pas été porté par une communication suffisante du Gouvernement - mais surtout par l’idée largement répandue que se cacherait dessous une manipulation purement politicienne, un problème dont il n’est pas seul responsable mais qui autorise à un certain pessimisme quant à la mobilisation populaire pour ce scrutin. La Ve République ne permet pas pour le président de la République, malgré une tentative de dévier la responsabilité, d’utiliser le référendum sans se mettre lui-même au centre du jeu politique.

Toutefois, les Français ne se sont pas encore penchés sur le référendum sur l’environnement et le débat de campagne n’a pas encore eu lieu, ils n’en connaissent donc que relativement peu les tenants et aboutissants. Ainsi, pour l’instant, les électeurs se montrent largement favorables à la réforme constitutionnelle mais n’ont pas encore donné leur dernier mot. Rappelons que lors du dernier référendum organisé en France sur le traité constitutionnel européen, le résultat final n’avait pas grand-chose à voir avec l’état d’esprit de l’opinion au début de la campagne, largement en faveur du « Oui », alors que de nouveaux enjeux sont intervenus pendant la campagne pour renverser les intentions de vote en faveur du « Non ».

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